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Arts informatifs ? Un monde qui pline ! Un entretien avec Clément Thomas - Alban Saporos - 2001
lire également : theory : texts and interviews
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Arts informatifs ? Un monde qui pline !
Un entretien avec Clément Thomas

Alban Saporos - 2001

[ cette version est parue dans la revue Archée (Quebec) en mai 2001 ]

"À pavu.com, nous préférons laisser l'Esclave de Michel Ange sur le socle de Manzoni et nous concentrer sur notre projet : devenir les maîtres du monde, et pour ce faire, nous commençons par répondre au "Che Fare ?" de Mario Merz par : "Va bene !"." (Clément Thomas)


Alban Saporos : Clément Thomas, vous êtes artiste et Officer Général* de pavu.com. N'y a-t-il pas là une chaise de trop ?

Clément Thomas : Pour qui connait la musique, au jeu des chaises tournantes, il n'y en a jamais de trop.

A_S : Dans votre "théorie ctgr", vous insistez sur votre conception du Réseau comme monde réalisé et vous y avancez le terme d'"arts informatifs". Pourtant, avec pavu.com, vous vous défendez de faire de l'art ? Pouvez-vous expliciter cette aberrance contextuelle ? Pour paraphraser Marcel Duchamp, est-ce les internautes qui font pavu.com ou est-ce l'inverse ?

C_T : Pavu.com ne pose pas l'art comme postulat de base à son action.
Disons que nous travaillons dans le champ de l'art "par défaut", simplement parce que ce que nous faisons n'a pas sa place dans un autre domaine d'application (en gros, nous ne fabriquons pas des vis ou des petites baguettes - enfin, pas pour le moment).
Quant aux théories, ce sont des jeux de l'esprit qui fonctionnent dans leur sphère propre. Fluctuations et fluxions en font la saveur, et il n'est qu'à les considérer comme pure matière informative pour en faire de bons upgrades.

A_S : Cher Clément Thomas, je suis ravi de vous voir partager le concept des théories jetables mais que vous apporte le réseau Internet qui soit si différent et si spécifique ?

C_T : Je suis partisan de l'usure naturelle des théories comme des choses. Le dégagement d'énergie qui se produit lorsque deux théories s'entrechoquent justifie à lui seul que l'on continue à théoriser.
Quant à ce qu'Internet apporte ? Internet apporte Internet : à savoir toutes les attitudes qui vont avec le réseau, les outils** pour faire fonctionner l'ensemble et un bonus : la matière première informative en quantité astronomique. Comme pour la lampe d'Aladdin, pour extraire la moëlle, il suffit de savoir où frotter.
L'après contemporain pline déjà la prochaine route sur internet.

A_S : Marshall MacLuhan a promulgué en son temps une loi célèbre selon laquelle "the medium is the message". Croyez-vous qu'elle doive être aujourd'hui abrogée ?
Pour être plus concret, peut-on encore croire qu'un medium se confond avec sa révélation et vice-versa, comme une statue avec le marbre qui la constitue ? Comment vous accomodez-vous de cette approche substantialiste ?

C_T : Je n'ai pas rencontré Mc Luhan mais je respecte son sens de l'humour.
Dans la question que vous soulevez, ce qui compte, ce n'est pas le marbre ou le medium, mais l'abrogation : le retrait.
L'Arte Povera a prouvé que le marbre peut se passer de statue. Avec Brandt sur Haffner, Bertrand Lavier a montré astucieusement que le marbre peut lui même se passer de marbre. Mais que faire s'il n'y a rien à enlever ?
À pavu.com, nous préférons laisser l'Esclave de Michel Ange sur le socle de Manzoni et nous concentrer sur notre projet : devenir les maîtres du monde, et pour ce faire, nous commençons par répondre au "Che Fare ?" de Mario Merz par : "Va bene !".

A_S : J'aimerais que l'on revienne sur les "arts informatifs". Nous sommes là en présence d'un processus d'extraction qui renvoit à ma question précédente. Mais extraction de quoi au juste?

C_T : En gros, définir les art informatifs, cela revient à considérer l'information comme un matériau brut, et à l'extraire sans tenir compte de ce qu'elle prétend véhiculer. Par cette opération qui fait appel à la technique des signaux, pavu.com pratique un mouvement de recadrage sémantique qui permet de déplacer le pôle en magnétisant la position. Et dans ce cas, on peut parler à juste titre d'ingénierie artistique.

A_S : Informatif ou non, vous persistez pourtant à parler d'une "position par défaut"...

C_T : L'information est faite de la même matière que les songes. C'est LA matière propre aux grandes conquêtes. On ne peut quand même pas toujours envisager la question de l'art sous son angle oecuménique : il est tout aussi enrichissant, par exemple, de lire Greenberg au café Belge en buvant des litres de Grimbergen.

A_S : Comment vous accomodez-vous d'une époque comme la nôtre où dominent sampling et flux tendus ? Ne craignez-vous pas d'épuiser un filon sans garantie de médiatisation et de rentabilité ?

C_T : Tout se recycle, les arts informatifs n'échappent pas à la règle.
Ce qui caractérise les arts informatifs peut tenir en un mot : Plining. Le plining est la LA technologie de pavu.com; elle recouvre l'ensemble des opérations de traitement de l'information, du swifting (réactivité) au produit finalisé en passant par le data-drilling (littéralement "forage de données").
Le plining implique upgrade et circulation des objets informatifs et la popularité de nos produits prouve qu'ils sont ouverts et adaptés aux besoins de nos clients et des utilisateurs. De plus, tous nos produits sont garantis open-boucle et copyGNou.

A_S : On peut donc parler d'une esthétique informative entrepreneuriale ?

C_T : Je laisse volontier l'esthétique aux esthéticiennes. Mon avis est que s'il se trouve quelqu'un pour créer une esthétique de quoi que ce soit, alors cette esthétique existe. Les jugements de valeur ne m'intéressent pas. À la fin, tout devient une information exploitable et upgradable.

A_S : En physique comme en astrophysique, on parle de "conditions initiales". Y a-t-il un Big Bang de l'informatif ?

C_T : Le Big Bang de l'informatif ? Peut-être le T.Clic ...

A_S : Cette dynamique vexatoire reste pourtant très abstraite pour le quidam qui n'est pas connecté au réseau Internet, et plus encore pour le consommateur qui n'y trouve pas de satisfaction narcissique. Comment comptez-vous surmonter cette difficulté ?

C_T : Pavu.com développe une politique de grands travaux qui vise à une plus grande circulation des Objets Informatifs. Pour cela, il fallait un marché d'un nouveau type et nous avons créé le NELia***.
Nous n'oublions pas pour autant les filières traditionnelles, et un pontage de type info-coronarien nous permettra très prochainement de porter sur les marchés spécialisés une gamme de consommables d'excellente facture, ce qui devrait satisfaire les consommateurs qui n'ont pas encore franchi le pas connectif.

A_S : Comment envisagez-vous l'avenir immédiat ?

C_T : Le développement du marché du NELia, bien sûr, est une priorité.
pavu.com sera également présent dans différentes manifestations d'envergure internationale dans les mois à venir. Une école en ligne est également à l'étude. Mais ne gachons pas la surprise, vous en saurez plus dès Demain...

A_S : Merci Clément Thomas d'avoir répondu à ces questions. Un mot pour conclure ?

C_T : C'en est bien fini de la "demain tabula rasa gratis". Pour pavu.com et les arts informatifs, il y a une chose que l'on peut dire sans se tromper : " VA BENE !".

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* Les autres membres exécutifs de pavu.com sont Paul Dupouy et Jean-Philippe Halgand respectivement Chief Président et Executive Directeur.

** Baudrillard Positioning System (moins précis sous Netscape).

*** Le NELia (New Eco Logic informative arts) a été créé par pavu.com pour soutenir la création en ligne. En contrepartie de l'hébergement en ligne de valeurs d'échanges nommées
Data-Heads (1 Data-Head = 6,96 Ko), il permet à tout un chacun d'investir dans la création en ligne, de constituer des collections d'Objets Informatifs et ce faisant de participer à la constitution et au développement de territoires libres sur le Réseau, les GNou Found Lands, pour éviter que l'espace serveur ne devienne le monopole de sociétés de chasse sauvages.
Dans cette logique promotionnelle, le premier store du NELia fut inauguré à l'automne 2000 sur "Shower - a new degree of What!" suivi quelques mois plus tard d'un second sur "Black-Soap" - avec pas moins de 30 stars internationales du Netart et plus de 130 Mixes et Movies téléchargeables.
Les institutions n'ont pas été en reste puisqu'à la même période les Budgets 2001 des FRACs (Fonds Régionaux d'Art Contemporain) étaient votés en Data-Heads afin de leur permettre d'investir sur le NELia et de faire entrer dans leurs collections une nouvelle génération d'artistes.

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Quelques liens :

Clément Thomas :http://ctgr.net
email : ctgr@free.fr

pavu.com : http://www.pavu.com
contact : pavu@pavu.com

GNou Found Lands Territory Desk Office : une introduction aux territoires libres sur le réseau et au marché du NELia avec accès aux différents stores.
http://www.GNouFL.com

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Alban Saporos est critique d'art et commissaire d'exposition.
Il est également l'auteur de "L'art à l'épreuve de l'information".
Il a curaté l'exposition "Messieurs Halgand - Mécanique de précision" pour l'IAAF en septembre 1999


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