Messieurs Halgand
interview en ligne

par Ronald Green

Ronald Green : Messieurs Halgand, avant de vous engager sur la voie des arts médiatiques, quelle était votre approche de la question de l'art ?
Messieurs Halgand : Notre approche à 360 degrés de la question de l'art et notre goût immodéré pour le vertige prédestinait notre engagement dans cette passe étroite et difficile que vous appelez "la voie médiatique"

R.G. : Quel a été l'événement décisif qui vous a conduit à l'utilisation du multimédia, et pour finir, à l'esthétique de
l'informatif ?
Messieurs Halgand : Le multimédia est pour nous ce que la niche est au chien. De là, nous contemplons la danse des papillons.

R.G. : Vous avez été à de nombreuses reprises comparé à Casanova alors que vous n'avez jamais cherché à plaire. Pensez-vous que le goût du public pour le scandale soit finalement venu à bout de la pensée progressiste des avant-gardes, et la reconnaissance est-elle à votre avis la dernière valeur que nous ait léguée la Renaissance en héritage ?
Messieurs Halgand : La négation avant-gardiste d'une sexualité bourgeoise libérée est incompatible avec l'empathie que nous témoigne le people. N'ayant jamais épousé la cause de l'art, nous ne pouvons succomber aux sirènes de la réaction. Notre notoriété de médiapède fait donc jaser.

R.G. : L'incontestable diversité de votre oeuvre, ainsi que l'élasticité des médias que vous employez rebutent l'amateur qui n'a pas su équiper sa conscience d'une optique grand angulaire.
Messieurs Halgand : Merci de reconnaître notre vison lenticulaire. Les doubles foyers favorisent l'apparition de poches de résistance qui nuisent à notre environnement biotechnologique. Le syndrome des "yeux pochés" est tristement célèbre. Nous n'aimons pas les lunettes, elles manquent d'élégance informative.

R.G. : Vous expliquiez dans le numéro spécial de 1997 de la revue Vermont que le fait de vous trouver dans ce monde comme une souris dans la gueule d'un dragon vous a conduit à en explorer le corps organique jusqu'à concevoir qu'en définitive, "l'expression ultime de l'expérience humaine se cristallise dans la traversée du sphincter du monstre vers la lumière.
Ainsi, la centrale énergétique que la Baghavad-Gita place dans l'abdomen ne peut se déployer pleinement que dans l'acte final qui se concrétise par l'échappatoire du trou du cul."
Messieurs Halgand : L'aérophagie mondiale est une attraction fort étrange. Le spectacle des zones de flatulences mérite certes qu'on s'y attarde mais la conscience éclairée sait que la stratégie des basses pressions porte toujours ses fruits.

R.G. : Cette déclaration qui a fait scandale à l'époque vous a également immédiatement propulsé au "rang de Maître"; néanmoins, loin de vous installer dans le lit douillet de la gloire, vous n'avez pas cessé d'explorer de nouveaux territoires.
Messieurs Halgand : Notre amour immodéré des parties de cartes nous pousse sans cesse à imaginer de nouvelles combinaisons.

R.G. : Considérez-vous votre engagement sur le réseau de l'information comme une pratique morale, ou y voyez-vous au contraire un ancrage dans la forme de guérilla cérébrale qui caractérise l'ensemble de votre oeuvre ?
Messieurs Halgand : Notre navigation dans les méandres de l'informatif ne souffre aucune entrave. C'est pourquoi notre engagement avec le réseau n'est que de basse fidélité.
Les crises d'eczéma conceptuel qui fleurissent ici et là prouvent l'efficacité de notre tactique d'éveil des consciences.

R.G. : Votre adhésion dès le printemps 1999 au mouvement "Popular Arts Value Upgrade" vous permet aujourd'hui d'envisager une stratégie commerciale d'ambition internationale. Y voyez-vous un effet direct de l'application de la fameuse théorie du "Système Nerveux Artistique" développée par Alban Saporos, et la preuve irréfutable de la validité de cette théorie ?
Messieurs Halgand : Avec le PAVU, nous avons franchi une étape supplémentaire sur le sentier lumineux de l'ordre poétique suprême. L'atteinte de l'équilibrium après la mise en service de l'égaliseur social et la commercialisation des "goodies de réhabilitation mentale" en témoigne.
Certes, nous sommes redevables à Alban Saporos de sa formidable théorie du "Système Nerveux Artistique".
La réussite de son application dans notre champ d'activité est évidemment liée à l'apport de plines open source de notre conception mais que l'on veuille ou non l'admettre, Alban Saporos est bien le médiateur tant attendu des artistes qui veulent entrer dans le prochain millénaire

R.G. : Pour finir, la vitalité dont vous faites montre dans votre activité contredit les nombreuses thèses en faveur de la fin de l'art. Comment envisagez-vous le renversement des tendances en art à la porte du troisième millénaire ?
Messieurs Halgand : D'autres que nous ont célébré ailleurs les valeurs de l'infixe en annonçant la chute d'une station orbitale. Mais le Système Nerveux Artistique leur faisait défaut.
Tout comme la conscience élargie de la réalité augmentée, le renversement des tendances de l'art ne deviendra réalité qu'une fois la médiapédie reconnue comme une avancée biotechnologie majeure et non comme une tare génétique.


Ronald Green est critique reporter a l'ESR