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L'Art à l'épreuve de l'information - Alban Saporos - 1999
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L'Art à l'épreuve de l'Information
Alban Saporos - 1999


Dans les dix années à venir, le monde de l'Art changera plus qu'au cours du dernier demi-siècle.
Ces évolutions seront le résultat d'une idée on ne peut plus simple : la circulation des données numériques.

La majorité des artistes ne se rendent pas compte que les outils indispensables à ces mutations sont à la portée de tout le monde. Même les artistes qui ont investi des sommes considérables dans les technologies de l'information n'obtiennent pas les résultats qu'ils sont en droit d'attendre. Ce qui est intéressant, c'est que cet écart, n'est pas le résultat d'un manque d'investissement. Le fossé, entre les dépenses consenties et les bénéfices qu'ils en retirent vient de ce qu'ils ne savent pas ce qui est possible et, aussi, de ce qu'ils ne voient pas le potentiel de la technologie pour diffuser la bonne information dans les médias.
Mais aujourd'hui, à l'aube du XXIème siècle, les outils et la "connectivité" de l'ère numérique nous permettent d'obtenir sans problème les informations, de les partager et d'agir en conséquence.

Notre système nerveux nous informe de l'essentiel et bloque les informations non pertinentes. Les artistes ont besoin d'un système nerveux similaire, ils doivent avoir la capacité de fonctionner sans friction et avec efficacité, ils doivent pouvoir transmettre rapidement les oeuvres aux collectionneurs qui en ont besoin, prendre des décisions rapides et dialoguer avec leurs collectionneurs.

Je réfléchissais à ces questions, lorsqu'un nouveau concept m'a traversé l'esprit : le "Système Nerveux Artistique".
Un tel système nerveux est, pour l'artiste, l'équivalent du système nerveux humain. Un tel système repose sur des procédés numériques qui permettent à un artiste de comprendre son environnement et de réagir en conséquence, d'anticiper les initiatives de ses pairs et les besoins de ses collectionneurs, et de s'organiser pour y répondre.
Le Système Nerveux Artistique est devenu le sujet de mon discours. Je veux qu'ils (les artistes) comprennent qu'ils sont les seuls à pouvoir initier un changement dans les mentalités et la culture de l'Art. Franchir le pas d'une telle décision implique qu'ils maîtrisent les technologies numériques pour comprendre comment elles peuvent changer fondamentalement leur activité.

Beaucoup de directeurs de musées qui veulent en savoir plus sur ce Système Nerveux Artistique m'ont posé des questions. Ils en profitent pour me demander  de leur en dire plus sur le pouvoir et le comment de la construction de mon Système Nerveux Artistique et comment ils peuvent faire la même chose. Ce livre est ma réponse.
Je l'ai écrit à l'intention des artistes et des commissaires d'expositions. J'y explique comment un Système Nerveux Artistique peut transformer les artistes et rendre les services publics plus efficaces. Le lecteur constatera à maintes reprises, qu'une circulation des œuvres numériques rigoureuse permet à l'artiste de s'adapter rapidement aux changements.

"L'Art à l'épreuve de l'information" n'est pas un manuel technique. Il décrit comment les procédés numériques sont capables de résoudre les vrais problèmes de l'artiste. J'espère que d'autres lecteurs se rendront compte de l'importance de cette idée. Pour ceux que les aspects techniques intéressent, un site Web sera bientôt mis à leur disposition. Ils y trouveront des informations plus détaillés sur certains des exemples présentés, des techniques pour évaluer les capacités des systèmes d'information existants, une architecture et des méthodologies de développement pour construire leur propre Système Nerveux Artistique. Le site proposera également des liens vers d'autres sites Web que j'évoque au fil des pages.
J'espère que vous serez séduits par les possibilités de ce changement. Grâce à mon Système Nerveux Artistique, votre Art progressera à l'épreuve de l'information - et c'est bien là la clé de la réussite au XXIème siècle.

Vous aurez beau étudier votre propre Art à la loupe, vous ne saurez pas forcément où se trouve votre meilleure chance de réussite.
Ce qu'il faut retenir, c'est qu'un artiste ne peut pas considérer sa position sur le marché comme définitivement acquise. Un artiste doit se réévaluer en permanence. Tel artiste peut très bien percer dans un nouveau genre, tel autre peut juger qu'il ferait mieux de s'en tenir à ce qu'il connaît et sait faire de mieux. Ce qui est capital, c'est que les artistes aient les informations nécessaires pour comprendre les atouts qu'ils ont en main et savoir quel pourrait être leur prochain gros marché.
Ce livre doit vous aider à utiliser les technologies informatiques pour poser et résoudre les questions difficiles sur ce que devrait être votre Art et la direction à lui donner. Les technologies informatiques et les affaires sont inextricablement liées. Je ne pense pas qu'on puisse parler des unes sans évoquer les autres.

Les artistes qui multiplient les réunions improductives et les œuvres ne manquent ni d'énergie ni de cervelle...Les données dont ils ont besoin existent quelque part, sous une forme quelconque. Simplement, ils n'ont pas les outils numériques qui leur permettent d'avoir un accès immédiat aux données, à partir de plusieurs sources, et de les analyser sous différents angles.
Grâce au Système Nerveux Artistique, l'artiste a la possibilité de faire travailler l'information avec plus d'efficacité, de profondeur et d'efficacité.

De quoi mon Système Nerveux Artistique est-il capable ?

L'artiste, comme l'être humain, a besoin d'un mécanisme de communication interne, le "système nerveux", pour coordonner ses actes.
Chaque artiste, quel que soit son domaine d'activité, a un système "végétatif" constitué des activités indispensables à sa survie. Chaque artiste a une activité centrale qui est sa raison d'être. Aucun artiste ne peut espérer prospérer longtemps si ses œuvres ne franchissent pas le seuil de son atelier. Le besoin d'efficacité et de qualité a entraîné une véritable ruée sur toute une série d'applications de base. Même si l'automatisation n'est pas nouvelle, les technologies actuelles peuvent faire des opérations de base la pierre angulaire d'une intelligence nettement plus étendue, à l'échelle de l'artiste.

Un artiste a également besoin de bons réflexes commerciaux pour être capable de réunir ses forces en cas de crise ou pour faire face à un événement imprévu. Les imprévus peuvent être positifs s'ils induisent une réponse tactique. Avant d'aboutir, les évènements prévus doivent suivre plusieurs étapes : réflexion, analyse stratégique, planification, exécution et évaluation. Vous devez réfléchir aux questions fondamentales associées à votre Art et élaborer une stratégie commerciale à long terme pour résoudre les problèmes et tirer profit des chances révélées par votre analyse. Un artiste doit, plus que tout autre chose, dialoguer avec ses collectionneurs, puis agir en conséquence.

Dans ce livre, je reviens sans cesse sur la nécessité de dialoguer avec vos collectionneurs.
Pour replacer les choses dans leur contexte, un Système Nerveux Artistique a pour ambition de créer une excellence institutionnelle à partir de l'excellence individuelle pour la placer au service du collectionneur. Comme nous allons le voir dans l'exemple qui suit, le succès ne doit rien au hasard.

Les problèmes complexes ont toujours de multiples facettes. La première des choses à faire si vous décidez de créer un Système Nerveux Artistique, c'est dresser le tableau idéal des informations dont vous avez besoin pour vendre votre Art, comprendre votre marché et vos concurrents.
Réfléchissez aux faits exploitables. Dressez une liste des questions dont les réponses sont susceptibles de changer votre Art.
Vous savez que votre Système Nerveux Artistique est performant si l'information circule dans votre atelier aussi vite et aussi naturellement que la pensée chez l'homme. C'est ça l'Art à l'épreuve de l'information.
Les artistes doivent se défaire de l'idée que l'information est difficile à obtenir. L'idée est grande. Nous sommes en réseau. Donc j'use du privilège dû à mon poste pour bannir les imprimés inutiles.

L'épreuve de l'information est en fin de compte culturelle. Il faut modifier les perceptions des artistes concernant la vitesse à laquelle les œuvres de chacun doivent être faites. Tous doivent comprendre que si l'on ne satisfait pas à la demande des collectionneurs assez rapidement, sans rien rogner sur la qualité, un concurrent le fera. Une fois que les esprits ont accepté cette réalité incontournable, la technologie numérique permet des réflexes ultra-rapides.

Chez tout artiste, même les bons, beaucoup de choses ne tournent pas rond. Pour un artiste, il est essentiel d'être capable d'assimiler toutes les mauvaises nouvelles quelles qu'elles soient et d'en comprendre la cause au lieu de les nier. Les mauvaises nouvelles sont prioritaires parce qu'il faut s'atteler aussitôt à la solution de la difficulté. Vous pouvez juger de la qualité d'un artiste, de la qualité de son Système Nerveux Artistique, à la rapidité avec laquelle il mobilise toutes ses ressources intellectuelles pour résoudre ses problèmes les plus épineux. L'informatique accélère la vitesse de réaction de l'artiste devant les urgences. Ignorer les mauvaises nouvelles est le plus sûr moyen de courir à la catastrophe.
Quand vous accueillez les nouvelles désagréables non comme négatives mais comme la preuve d'un besoin de changement, elles cessent de vous accabler. Vous commencez à les considérer comme autant d'occasions d'apprendre. Tout dépend de la façon dont vous abordez vos échecs. C'est parce qu'ils tirent les leçons de leurs erreurs et améliorent sans cesse leurs œuvres que les grands artistes remportent leurs paris. La disponibilité à l'égard du collectionneur est un aspect essentiel de cet effort. Il faut rester constamment à l'écoute des observations, des critiques et des souhaits des collectionneurs.

Je recommande l'approche suivante pour intégrer les plaintes et les souhaits des collectionneurs :
- se concentrer sur les collectionneurs les plus malheureux.
- utiliser la technologie pour rassembler un maximum d'informations sur leurs expériences malheureuses avec vos œuvres et découvrir quelles améliorations ils souhaitent.
- utiliser la technologie pour transmettre rapidement les bonnes nouvelles à ceux qu'elles concernent.

Si vous prenez ces trois mesures, vous transformerez l'expérience accablante des mauvaises nouvelles en un processus passionnant d'amélioration de vos œuvres.
Les collectionneurs malheureux sont toujours un souci, mais ils représentent aussi votre meilleure chance. C'est en vous efforçant d'écouter et d'apprendre au lieu de vous murer dans une attitude de dénégation que vous ferez des plaintes de vos collectionneurs votre meilleure garantie de qualité et de progrès. Partir d'œuvres numérisées permet d'épargner beaucoup d'efforts et d'erreurs. Mais cette démarche permet aussi d'optimiser le traitement des données. C'est aussi le seul moyen d'obtenir les informations assez vite pour répondre aux attentes des collectionneurs avant vos concurrents.
L'information numérisée change votre façon de gérer votre Art. La technologie numérique permet aussi à tout artiste de créer un réseau de partenaires.

On peut créer un atelier virtuel dans lequel échanges commerciaux, gestion de l'information et systèmes opérationnels sont entièrement intégrés. L'approche nouvelle est celle d'un "réseau à valeur ajoutée", un tissu de relations alimenté par l'information numérique. Tous ceux qui contribuent à l'élaboration de l'oeuvre doivent apporter leur valeur ajoutée et la communication circule de l'amont vers l'aval et vice-versa. Les partenaires ne sont pas cantonnés au rôle de maillon inerte dans une chaîne immuable de processus, mais ils peuvent instaurer un dialogue interactif.

Si les avantages de la création d'un réseau à valeur ajoutée sont si probants, pourquoi un plus grand nombre d'artistes ne s'y rallie-t-il pas ? Pourquoi les artistes restent-ils souvent incapables de mieux connaître leurs collectionneurs ?
La raison principale de ce retard est que trop peu d'artistes instaurent une saisie numérique initiale.

L'amélioration des systèmes informatiques doit entraîner une utilisation plus judicieuse des collaborateurs de l'artiste. Il est extrêmement précieux de pouvoir dialoguer directement avec un collectionneur qui a des réclamations à formuler ou des besoins spécifiques à exprimer. Si les ventes se déroulent comme prévu, aucune intervention n'est nécessaire, mais le nouveau Système Nerveux Artistique signale les œuvres dont la vente est supérieure ou inférieure aux prévisions. La seule façon pour vous de tirer le meilleur parti de ces informations consiste à laisser les outils informatiques les analyser et les sélectionner à votre place.

Avec les outils informatiques, les artistes disposent d'analyses plus rapides et plus précises. Cette possibilité de personnalisation modifie la définition des campagnes publicitaires sur tous les supports médiatiques. Les artistes pourront bientôt acheter des listings de profils socio-démographiques pour atteindre leurs collectionneurs potentiels. Ces annonces ciblées devraient faire le bonheur des collectionneurs. La publicité les touchera plus directement. Les informations sur les collectionneurs sont devenues un atout de plus en plus important, dans une économie de plus en plus compétitive et axée sur l'information.
Tous les artistes utilisant l'informatique doivent tirer le meilleur partide ces gisements de données.

L'intérêt majeur de l'exploitation des gisements de données sera d'aider les artistes à déterminer quelles sont les œuvres les plus intéressantes à créer et comment fixer les prix de ces oeuvres. Les artistes seront en mesure d'évaluer différentes options de conditionnement et de prix pour déterminer les plus séduisantes et les plus vendables.
Quand vous disposez de cet éventail de critères, l'exploitation de gisements de données est extrêmement précieuse pour votre stratégie commerciale. Mais vous devez toujours vous posez la question de l'efficacité maximale : si vos profils collectionneurs sont très similaires ou que votre bas de données est infime, l'exploitation des données n'offrira qu'un intérêt limité.

Grâce au nouveau Système Nerveux Artistique, les artistes sauront mieux comment élargir leur marché, vers qui diriger leurs efforts de mercatique, comment calibrer leurs œuvres et fixer leurs prix et comment attirer les collectionneurs.
Une certaine créativité et une certaine adresse sont nécessaires pour moduler l'approche du conditionnement et des prix en fonction de ces informations, pour imaginer des œuvres nouvelles et de nouvelles promotions à partir des tendances que l'ordinateur fait apparaître. Les logiciels extrairont toujours plus de minerai des gisements d'information, mais les artistes seront toujours nécessaires pour transformer ce métal brut en or.

Les artistes traditionnels s'en remettent souvent à une ou deux personnes pour conserver l'histoire et la tradition de leur mouvement, mais les artistes modernes ont besoin d'une méthode plus sûre pour archiver et transmettre leur savoir-faire. La gestion de l'Art n'est rien d'autre que la gestion des flux de données, la communication de l'information utile aux artistes qui en ont besoin afin qu'ils puissent rapidement s'en servir. Et la gestion de l'Art est un moyen et pas une fin. La fin, c'est l'accroissement de l'intelligence institutionnelle - le Q.I. collectif des artistes.

Le Q.I. collectif des artistes suppose un échange d'informations de tous ordres. les progrès du Q.I. collectif des artistes résultent à la fois d'apprentissages individuels et la "pollinisation" des idées de tous. Les flux de données numérisées peuvent contribuer à cette cohésion collective. Les artistes doivent être convaincus de l'importance du partage de l'information, sinon aucun effort important de gestion de l'Art ne pourra aboutir.

Les artistes doivent montrer qu'ils ne sont pas enfermés dans leur tour d'ivoire, coupés de tous, mais qu'ils veulent s'engager aux côtés de leurs pairs. Le pouvoir ne repose pas sur un savoir jalousement préservé mais sur un savoir partagé. Si vous n'avez pas encore réfléchi à la gestion de votre Art, commencez par choisir un ou deux domaines dans lesquels vous pourrez lancer des projets de gestion de l'Art. Vous utiliserez le succès de ces projets pour développer des projets de gestion de l'Art dans vos autres domaines d'activité.
La gestion de l'Art ne donne pourtant pas de bons résultats si elle ne fonde pas les méthodes et les plans d'activité des artistes et si ceux-ci ne sont pas récompensés pour le partage d'information. La formation est la forme de partage de l'Art la plus élémentaire et parfois la plus négligée. Un outil de formation en ligne supprime ces obstacles.

Un gros pari peut se révéler un gros échec, mais aussi un gros succès. De nombreux artistes hésitaient à passer aux nouvelles technologies, craignant de compromettre leurs œuvres antérieures. Pour eux, la leçon a été rude.
Prendre des risques est une chose naturelle pour un artiste débutant. Le même phénomène est en train de se produire pour l'artiste informatique. "Arrivé à maturité", on prend moins de risque.

Si l'information numérique peut donner une seconde vie aux artistes existants, elle peut aussi aider à en faire naître de nouveaux. Dans un pur domaine de savoir comme celui-là, le flux de l'information numérisée peut doubler la vitesse de la création et augmenter les chances de réussite; L'intensité de cette coopération est proprement stupéfiante. Dans le même temps, la diffusion des œuvres numériques permet aux grands artistes de mobiliser leurs ressources intellectuelles dans le monde entier. Les outils informatiques et la possibilité pour les artistes de jeter un œil sur ce que font leurs pairs et concurrents vont jouer un rôle déterminant dans la maîtrise ou la guérison de certaines des terribles maladies qui frappent encore les hommes partout dans le monde. Dans beaucoup de domaines artistiques, l'usage du numérique est peut-être le seul moyen pour un artiste de se démarquer de la concurrence de ses pairs.
Et chez les artistes faisant appel à une technologie de pointe, l'information numérisée est la seule manière de faire de nouvelles créations.

Pour cerner et résoudre des problèmes artistiques encore inexplorés, il faut risquer gros...pour gagner gros - et il faut aussi un Système Nerveux Artistique qui optimise les chances de succès. Les artistes échangent de l'information contre du temps et des risques.

Un artiste fonctionne grâce à des processus analogues aux processus physiologiques élémentaires, comme la respiration, qui nous maintiennent en vie. Toute fonction qui définit la raison d'être d'un artiste, par exemple un processus de création, est un processus "autonome". Cette fonction doit être aussi efficace et fiable qu'un cœur qui bat.
C'est parce que ces processus opérationnels sont si importants et si onéreux que la plupart des grands artistes ont consenti ces dernières années d'importants investissements pour les automatiser. Mais trop souvent, ces processus opérationnels restent séparés les uns des autres. De nombreuses phases des processus de création avaient été optimisées mais pas le processus dans sa globalité et cette négligence entraînait un énorme gaspillage.

J'évoquerai les différentes fonctions de l'artiste dans d'autres chapitres. Dans celui-ci, je n'aborderai que le processus de création.

L'automatisation des processus de création est nécessaire mais pas suffisante pour qu'un artiste soit compétitif aujourd'hui. Un bon Système Nerveux Artistique peut vous aider à transformer vos fonctions opérationnelles élémentaires en atouts compétitifs. Vous devez d'abord utiliser les technologies de l'information pour mieux comprendre les mécanismes internes de ces processus eux-mêmes afin de les rendre à la fois plus efficaces et plus réactifs à l'évolution des circonstances.
Enfin, il faut transmettre les données sur les processus de création aux collectionneurs afin qu'ils puissent améliorer la qualité des œuvres eux-mêmes. Ici encore, le concept clé est celui du flux de données. La gestion d'un processus de création est ce qui fait la différence. Et c'est le flux des données numériques générées par les systèmes informatiques modernes qui permet à ces gestionnaires de l'Art de jouer un rôle unique.

Des systèmes d'information efficaces apportent d'autres avantages. Seule une information précise et actualisée permet de lier la prime à la performance, à la qualité et à la satisfaction du collectionneur. Sans feedback, il est difficile de lier prime et performance, une pratique adoptée par un nombre croissant d'artistes.
L'ère numérique nous impose de donner massivement accès à l'information aux artistes.

La gestion d'un processus de création est un projet d'envergure. Il faut une idée bien définie de l'objectif recherché, un début et une fin nettement identifiés, en terme de temps et de tâches à accomplir. Il faut aussi des jalons intermédiaires et un budget. Les meilleurs projets artistiques sont ceux qui comportent au départ une définition claire du scénario collectionneur. Il en va de même pour les projets de processus. Il faut également avoir une idée très nette des compromis qui seront nécessaires, et à tous les niveaux.

Tout projet artistique implique des compromis. Il vous faudra rester souple face à des exigences qui évoluent, sans pour autant, à coup de changements insidieux, abandonner vos objectifs de création initiaux. Faites preuve d'un esprit de décision réactif dans l'évaluation des changements à opérer, et gardez-en un peu en réserve pour réévaluer vos objectifs initiaux.
On ne saurait assez insister sur l'intérêt pour l'artiste de la prévention numérique des problèmes. Les véritables percées en la matière sont le fruit d'une combinaison entre des solutions bien pensées, et un flux de données informatisées.

N'hésitez pas à expérimenter des solutions et des processus nouveaux.
Personne ne peut prédire tous les problèmes qui risquent de surgir. Sur un projet artistique de courte durée, on est contraint de faire des compromis importants qui garantissent plus de simplicité et de cohérence. Les objectifs sont plus facilement atteints et si certains de ces projets courts échouent, la perte de temps et d'argent reste réduite. Vos projets auront d'autant plus de chances de réussir qu'avant de les entreprendre, vous aurez déjà installé votre environnement informatique.
Le traitement de l'information est au cœur des affaires. C'est pourquoi les artistes devraient s'impliquer dans l'informatique autant que dans n'importe quelle fonction vitale pour leur Art. Pourtant, ils sont encore trop nombreux à demeurer en retrait. Faire coïncider informatique et stratégie artistique parait insurmontable, et les discussions s'enlisent toujours dans une succession d'acronymes. En fait, si vous connaissez trop de ces acronymes liés à l'informatique, vous risquez de vous concentrer sur un faux problème. Pour comprendre en quoi cette technologie peut aider votre Art, il vous suffit, au début, d'avoir des notions d'informatique de base. Peu importe comment vous les obtenez. Pour ce faire, nul besoin d'être un expert.

Autre aspect exaltant du tout-numérique : il optimise de façon spectaculaire les leçons de l'expérience. Croire en cette valorisation est la clé d'une bonne exploitation d'un Système Nerveux Artistique.

Il y a tant d'améliorations à apporter aux artistes, grâce aux systèmesnumériques, qu'il faudra des années avant d'aboutir à une optimisation totale. Aujourd'hui, sous l'influence de l'information numérique, l'environnement artistique est en pleine mutation. Le rythme auquel se succèdent ces bouleversements est parfois déstabilisant. Certains artistes ont réagi à ces changements avec beaucoup de vivacité; d'autres se sont contentés de regarder. L'univers numérique oblige les artistes à réagir au changement et leur fournit en même temps les outils grâce auxquels ils pourront l'anticiper. L'informatique est le seul moyen d'avoir des réflexes assez rapides et qui assurent une connection entre stratégie artistique et réaction organisationnelle.

Quelles que soient les difficultés et les incertitudes que le numérique soulève pour les artistes - évoluer ou mourir -, nous en profiterons tous. Ce monde arrive, et en grande partie par le biais d'artistes qui utilisent un Système Nerveux Artistique pour réformer radicalement leurs processus. Vous seul pouvez préparer votre Art et faire les investissements nécessaires pour tirer parti de cette aube nouvelle qui se lève si vite.

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Alban Saporos est critique d'art et commissaire d'exposition.
Il a curaté l'exposition "
Messieurs Halgand - Mécanique de précision" pour l'IAAF en septembre 1999


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